Gérard Berry

Ancien élève de l’École polytechnique et ingénieur général des Mines. Après avoir obtenu le diplôme de l’Ecole des mines de Paris (1973), il reste comme chercheur dans cette Ecole jusqu’en 2000, tout en poursuivant d’abord une thèse d’Etat en mathématiques (soutenue en 1979), puis en poursuivant des projets au sein de Inria ou de l’Ecole des mines, d’abord à Rocquencourt, puis à Sophia-Antipolis. À partir de 1980, son principal axe de recherche est le développement du langage Esterel qui permet d’exprimer la synchronisation temporelle de tâches et de prouver leur bon déroulement.
De 2001 à 2009, il a été directeur scientifique d’Esterel Technologies.

Il est le titulaire de la chaire « Informatique et sciences numériques » du Collège de France, où il donne un cours appelé « Penser, modéliser et maîtriser le calcul ». Il a été en 2007-2008 le titulaire de la chaire d’innovation technologique Liliane Bettencourt du Collège de France, où il a donné un cours appelé « Pourquoi et comment le monde devient numérique ». Des parties de ces deux cours ont été redonnées en anglais à l’Université d’Edinburgh dans le cours appelé « Seven Keys to the Digital Future » en collaboration avec le Collège de France, Inria et la Royal Society of Edinburgh.

Il est actuellement également directeur de recherches, en détachement du corps des mines, à Inria (Institut national de recherche en informatique et automatique), où il préside la commission d’évaluation de la recherche.

Calculabilité, langages et machines : Turing et ses contemporains

La machine de Turing est maintenant connue comme l’outil de base pour étudier la notion de calculabilité, et le théorème de l’indécidabilité de son arrêt comme un des résultats fondateurs de l’informatique. Mais, à cette époque foisonnante, plusieurs autres chercheurs ont obtenu des résultats similaires, quelquefois antérieurement : Church avec son lambda-calcul et le premier résultat d’indécidabilité de sa normalisation, Kleene avec les fonctions récursives, Post avec sa machine, etc.

Paradoxalement, certains de ses modèles moins connus du public ont doute eu un avenir riche et bien plus direct. Par exemple, alors que la machine de Turing n’a jamais eu le moindre intérêt pratique, le lambda-calcul fonde directement tous les langages de programmation fonctionnels et systèmes de preuve actuels, le style de programmation récursive à la Kleene est devenu banale dans tous les langages, etc. D’où vient donc la célébrité bien supérieure de la machine de Turing ? Nous développerons trois arguments :

  • d’abord son côté bêbête et parfaitement non-intellectuel, qui n’est pas du tout partagé par les autres formalismes ; 
  • ensuite, le caractère déterministe de sa présentation de base, qui est en lui-même un grand facteur de simplification ; 
  • enfin, la vraie mise en valeur de la symétrie entre programme et données, qui aboutit à la notion de machine à programme enregistré. 

Nous insisterons sur le besoin de comprendre et d’exploiter la complémentarité entre tous les formalismes concernés par la thèse de Church-Turing.

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